
... il y a quelque chose qui m'inquiète avec les élections.
Qu'on soit plus convaincu par la politique économique de Sarko que celle de Ségo, je peux à la limite le concevoir. Mais tout de même, l'énergumène affirme haut et fort à qui veut l'entendre des choses dont tout bon republicain (au sens français) devrait s'insurger.
D'abord, il ne se cache pas, il se vante même, de vouloir faire la république d'un seul homme, lui bien entendu. Que le république aie des problèmes, qu'il nous faille un président capable de mener un projet, de guider le pays vers une vision, personne ne le conteste. Tout le monde veut le changement, c'est d'ailleurs le credo de tous les candidats. Mais le changement vers quoi?
Sarko tape allègrement sur un principe fondamental de la république: la séparation des pouvoirs. Quand il se permet d'exiger qu'un juge paye pour le verdict qu'il a rendu à propos d'un récidiviste, c'est non seulement absurde mais dangereux. Sarko veut que la justice punisse. C'est sa seule vertu à l'entendre. Sommes nous revenus au moyen-âge? Sarko n'a pas de lettres de cachet, mais il a un arme de châtiment massif: la culture du résultat. Au nom de quoi peut-on prévoir le nombre de criminels qui devront être inculpés jour après jour? Disposerait-on d'un service à la "minority report" que le gouvernement nous cacherait? Non. L'important, c'est que chaque jour doit voir partir à l'école de la criminalité qu'est la prison un nombre croissant de "barbares". Prisons qui, rappelons-le, sont déjà surbondées en France, et sont largement pointées du doigt par les associations de défense des droits de l'homme pour leur salubrité plus que douteuse.
Sarko, c'est des solutions simples pour des problemes simples. Il est le seul, bien sur, a tenir un "discours de vérité". Et la vérité, c'est que tout tient dans des petites cases, dans des colonnes de chiffres. Tout ce qu'il y a a faire, c'est diviser la france en deux: celle qui se lêve tôt, et les barbares. Et hop! il n'y a plus qu'à gommer le chiffre sous la colonne "barbares". Simple, efficace, y'a qu'à enfourner. Sarko ne se gêne pas pour afficher son mépris des intellectuels: qu'est-ce que c'est que ces gens qui se tracassent sur des problèmes tout simples? ce qu'il faut, c'est de l'action. Pas des gens qui nous rappellent qu'il y a des êtres humains derrière les chiffres, avec un parcours souvent difficile. Qui nous rappellent que les récidivistes ne constituent que 5% des affaires traitées, et qu'ils ont déjà tendance à être sévèrement punis. Que l'ordonnance de 45 a déjà été franchement réformée, durcie depuis 5 ans.
Enfin, je vais tacher de pas trop m'éparpiller. Ce qui m'inquiète vraiment, ce n'est pas tant le bonhomme que les gugusses qui vont voter pour lui. De voir que les ficelles médiatiques qu'il utilise, devrais-je dire les énormes cables, marchent aussi bien. De voir que sa vision simpliste et manichéenne du monde séduise tant de gens. Que personne ne s'insurge de le voir faire un signe de croix à une réunion publique alors qu'il est ministre de l'intérieur. De voir que tant de gens qui haïssaient le pen se reconnaissent en lui. De voir que tant de gens se reconnaissent dans le modèle américain qu'il propose. De voir que certains, conscients de sa démagogie quasi poujadiste, prefèrent voter pour lui pour des raisons d'économie, d'appartenance politique, de "redressement de la france".
Je voudrais juste rappeler que le NSDAP a redressé l'économie allemande. Mais à quel prix?
Avons nous vraiment besoin de boucs émissaires à ce qui se passe?
Comment pourra t on rester fiers d'être français, fiers d'être européens si plus de 50% des français optent pour un tel projet de société?