Dimanche 11 février 2007
"Une grande partie de la vie s'écoule à mal faire,
la plus grande à ne rien faire,
la vie toute entière à faire autre chose."
Sénèque, lettre à Lucilius
L'impérieuse nécessité d'ouvrir cette rubrique s'est imposée à moi il n'y a pas dix minutes, alors que j'accomplissait la dernière étape des trois C (Café-Clope-Caca). En effet, les toilettes sont le lieu idéal de toute reflexion d'ordre métaphysique, de même que le bain est celui de la reflexion scientifique (voir Archimède); et ce qui m'occupait alors était posé en ces termes:
Comment définir de manière simple ma vision du monde? Quelle structure de pensée pourrait elle articuler ensemble des contenus aussi divers que la phénoménologie, les résultats des élections, une recette de cuisine, l'endroit où sont rangées mes chaussettes?
J'ai en effet comme préjugé qu'en termes de connaissance, tout se vaut, selon le contexte. Dans une soirée, le plus prisé est celui qui sait faire des cocktails, pas celui qui sait développer des intégrales dans l'espace Riemannien. Mais alors, si un bon dessin, torché à la va-vite sur un coin de nappe, peut m'en apprendre autant sur la vie que l'anthologie des essais d'Heidegger ; si une discussion sinueuse et absurde entre deux poivrots est parfois plus lumineuse que la théorie de la relativité restreinte, comment avoir une vision synthétique de tout cela?
Tu l'auras compris, cette rubrique est alors une tentative de faire émerger d'un magma hétérogène de sensations, de savoirs disloqués et de blagues douteuses quelques petits trucs pas-si-con-que-ça-au-final. Enfin j'espère.
Nietzsche, avant de soi-disant sombrer dans la démence (il faut s'attendre à tout de la part d'un grigou pareil), a eu la grandiose idée que la forme d'un savoir avait tout autant d'importance, sinon plus, que son contenu. Ce qui le rend bien sur parfaitement sybillin (il se contredit sans arrêt, c'est connu) à celui qui n'a pas d'oreilles pour la poésie. Au fond, son propos il me semble est de nier toute possibilité d'ontologie en magnifiant l'arbitraire et le subjectif tant dans le langage que dans le savoir ou la morale. Il devance en cela Wittgenstein, le principe d'indétermination d'Heisenberg, et je dirais même le principe du zapping : au final, ce qui compte, c'est que quelque chose soit dit, peu importe quoi, puisque de toute manière on n'entend que ce que l'on veut entendre.
C'est pourquoi tu trouveras ici sous la forme de fragments tout ce qui peut me passer par la tête, et éventuellement faire débat. On pourrait par exemple se questionner à propos du rôle du fromage blanc dans l'évolution humaine, du lien secret entre la pousse des poils et l'art du quattrocento, ou que sais-je de plus fumeux encore.
J'espère que certains se prendront au jeu!
la plus grande à ne rien faire,
la vie toute entière à faire autre chose."
Sénèque, lettre à Lucilius
L'impérieuse nécessité d'ouvrir cette rubrique s'est imposée à moi il n'y a pas dix minutes, alors que j'accomplissait la dernière étape des trois C (Café-Clope-Caca). En effet, les toilettes sont le lieu idéal de toute reflexion d'ordre métaphysique, de même que le bain est celui de la reflexion scientifique (voir Archimède); et ce qui m'occupait alors était posé en ces termes:
Comment définir de manière simple ma vision du monde? Quelle structure de pensée pourrait elle articuler ensemble des contenus aussi divers que la phénoménologie, les résultats des élections, une recette de cuisine, l'endroit où sont rangées mes chaussettes?
J'ai en effet comme préjugé qu'en termes de connaissance, tout se vaut, selon le contexte. Dans une soirée, le plus prisé est celui qui sait faire des cocktails, pas celui qui sait développer des intégrales dans l'espace Riemannien. Mais alors, si un bon dessin, torché à la va-vite sur un coin de nappe, peut m'en apprendre autant sur la vie que l'anthologie des essais d'Heidegger ; si une discussion sinueuse et absurde entre deux poivrots est parfois plus lumineuse que la théorie de la relativité restreinte, comment avoir une vision synthétique de tout cela?
Tu l'auras compris, cette rubrique est alors une tentative de faire émerger d'un magma hétérogène de sensations, de savoirs disloqués et de blagues douteuses quelques petits trucs pas-si-con-que-ça-au-final. Enfin j'espère.
Nietzsche, avant de soi-disant sombrer dans la démence (il faut s'attendre à tout de la part d'un grigou pareil), a eu la grandiose idée que la forme d'un savoir avait tout autant d'importance, sinon plus, que son contenu. Ce qui le rend bien sur parfaitement sybillin (il se contredit sans arrêt, c'est connu) à celui qui n'a pas d'oreilles pour la poésie. Au fond, son propos il me semble est de nier toute possibilité d'ontologie en magnifiant l'arbitraire et le subjectif tant dans le langage que dans le savoir ou la morale. Il devance en cela Wittgenstein, le principe d'indétermination d'Heisenberg, et je dirais même le principe du zapping : au final, ce qui compte, c'est que quelque chose soit dit, peu importe quoi, puisque de toute manière on n'entend que ce que l'on veut entendre.
C'est pourquoi tu trouveras ici sous la forme de fragments tout ce qui peut me passer par la tête, et éventuellement faire débat. On pourrait par exemple se questionner à propos du rôle du fromage blanc dans l'évolution humaine, du lien secret entre la pousse des poils et l'art du quattrocento, ou que sais-je de plus fumeux encore.
J'espère que certains se prendront au jeu!

... il y a quelque chose qui m'inquiète avec les élections.